Le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en Haïti et chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), Carlos Ruiz Massieu, a salué les progrès enregistrés dans les préparatifs électoraux, tout en appelant les autorités haïtiennes à la prudence dans l’annonce des dates du scrutin. Selon lui, la multiplication des échéances dont la faisabilité n’est pas suffisamment garantie risque d’éroder la confiance de la population et d’affaiblir la crédibilité des institutions.

    S’exprimant le lundi 19 octobre 2026 devant le Conseil de sécurité des Nations unies, à New York, le responsable onusien a dressé un état des lieux du processus électoral haïtien, qui se déroule dans un contexte marqué par d’importants défis sécuritaires. Malgré ces difficultés, il estime que les préparatifs ont atteint un niveau d’avancement rarement observé au cours des dix dernières années.

    Parmi les avancées enregistrées, Carlos Ruiz Massieu a notamment fait état de l’enregistrement de 35 partis et regroupements politiques, ainsi que de 3 500 candidats aux différentes fonctions électives. Ces chiffres témoignent, selon lui, de la mobilisation des acteurs politiques autour de la perspective d’un retour à l’ordre démocratique par la voie des urnes.

    Le chef du BINUH a également salué la publication, le 6 octobre dernier, du décret électoral révisé. Celui-ci prévoit notamment la prolongation de la période d’inscription des candidats, des dispositions visant à favoriser la participation des femmes ainsi que la possibilité pour les électeurs de s’inscrire en ligne. Ces mesures constituent, à ses yeux, des avancées susceptibles de rendre le processus électoral plus inclusif et participatif.

    Toutefois, plusieurs défis demeurent. Carlos Ruiz Massieu a notamment attiré l’attention sur le nombre d’électeurs inscrits, qui reste largement inférieur aux estimations du corps électoral. Cette situation soulève des interrogations quant au niveau de participation citoyenne et à la capacité des autorités à garantir un scrutin suffisamment représentatif.

    Par ailleurs, les critères d’éligibilité des candidats, notamment ceux qui font l’objet de sanctions bilatérales ou régionales, continuent de susciter des débats en Haïti et à l’étranger. Face à ces préoccupations, le responsable onusien a insisté sur la nécessité de mettre en place des mécanismes nationaux crédibles pour examiner les allégations de criminalité et de corruption. Il a également plaidé en faveur du renforcement de l’État de droit et du système judiciaire, soulignant que la confiance dans les institutions constitue un élément essentiel à la consolidation de la démocratie.

    S’agissant du calendrier électoral, Carlos Ruiz Massieu a mis en garde les autorités haïtiennes contre la multiplication des annonces de dates qui ne reposent pas sur des garanties suffisantes quant à leur faisabilité. « L’annonce répétée de dates électorales irréalistes quant à leur faisabilité ne peut qu’éroder la confiance de la population et la crédibilité des institutions haïtiennes », a-t-il déclaré.

    Dans cette perspective, il a souligné l’importance d’une coordination efficace entre le gouvernement et le Conseil électoral provisoire (CEP), tout en rappelant que chaque institution doit agir dans le respect de ses attributions. Il a également évoqué la résolution adoptée en Conseil des ministres le 5 octobre 2026, dont il a salué les dispositions relatives à l’impartialité des autorités publiques et au respect de l’égalité entre les acteurs du processus électoral.

    Le chef du BINUH a toutefois souligné que l’adoption de telles mesures ne suffit pas. Leur mise en œuvre effective demeure indispensable pour garantir la transparence des opérations électorales et rassurer les citoyens quant à l’intégrité du scrutin.

    Enfin, Carlos Ruiz Massieu a appelé au maintien d’un engagement national constant, soutenu par la coopération régionale et internationale, afin de consolider les progrès accomplis. Il a réaffirmé la disponibilité du BINUH à accompagner les partis politiques, les organisations de la société civile et les autres acteurs concernés dans leurs efforts en faveur du dialogue interhaïtien.

    Alors que les préparatifs électoraux se poursuivent, le message du responsable onusien est sans équivoque : les avancées enregistrées doivent s’accompagner de garanties concrètes permettant d’organiser des élections crédibles, inclusives et réalisables. C’est à cette condition que pourra être restaurée durablement la confiance de la population dans les institutions démocratiques.

    Junior Pierre est journaliste, étudiant en Relations internationales et en Sciences juridiques. Il est également présentateur de nouvelles à la Radio.