Il faut parfois savoir reconnaître les avancées lorsqu’elles se produisent, même dans un contexte national marqué par la crise. Le processus électoral haïtien vient de franchir une étape importante et, derrière l’action du Conseil électoral provisoire (CEP), il faut aussi voir le travail politique et institutionnel accompli par le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé pour permettre à cette dynamique de se mettre en place.

    La publication de la liste des 105 structures politiques agréées, 88 partis et 17 regroupements, constitue un signal institutionnel qui ne saurait être minimisé. Elle signifie que, malgré les difficultés auxquelles le pays est confronté, le processus électoral avance et que l’État continue de fonctionner sur le terrain institutionnel. Le gouvernement aurait pu se laisser enfermer dans la gestion quotidienne de la crise sécuritaire et renvoyer indéfiniment la question électorale à des jours meilleurs. Il a fait un autre choix : maintenir l’objectif du retour à l’ordre démocratique et créer les conditions institutionnelles permettant au CEP de poursuivre son travail.

    Certes, beaucoup reste à faire. La sécurité demeure la principale faiblesse du processus et aucune élection crédible ne peut être organisée durablement dans des territoires où l’État ne peut garantir la libre circulation des citoyens. Mais cette difficulté ne doit pas conduire à nier les avancées enregistrées. Le CEP avance. Les partis se sont enregistrés. Les regroupements se sont constitués. Une première cartographie des forces politiques appelées à participer au processus est désormais disponible. Ces étapes montrent que le calendrier électoral n’est pas simplement une déclaration d’intention : il commence progressivement à prendre une réalité administrative et politique.

    Dans ce contexte, le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé mérite d’être jugé également sur sa capacité à accompagner ce processus, plutôt que sur les seules insuffisances d’un État confronté à une crise sécuritaire exceptionnelle. La multiplication des regroupements politiques est d’ailleurs un signe intéressant. KAPAB, Platfòm Rekonsilye, PPGA, Debout Patriotes, Delivrans, Ayiti Transfòme, En Avant pour Haïti, LAPEH ak Alye’l yo, Viktwa, Solèy ou encore Coppos-Haïti et Alliés témoignent d’une volonté des acteurs politiques de se structurer en vue de la compétition électorale.

    Cette recomposition n’est pas nécessairement un problème. Elle peut, au contraire, favoriser le renouvellement de la classe politique et obliger les formations à rechercher des convergences autour de projets capables de convaincre les électeurs. Il serait donc injuste de réduire l’action du gouvernement à ses difficultés. Dans une période où l’État haïtien est soumis à une pression considérable, maintenir le cap vers les élections constitue déjà un choix politique majeur.

    Alix Didier Fils-Aimé doit désormais aller plus loin. La prochaine étape sera de transformer cette dynamique institutionnelle en réalité politique : renforcer la sécurité, soutenir le CEP, faciliter l’enregistrement des électeurs et créer les conditions permettant à chaque citoyen de participer librement au scrutin. Le chemin reste difficile, mais le processus est engagé. Et dans une Haïti habituée aux reports, aux transitions interminables et aux institutions provisoires, faire avancer le processus électoral constitue en soi une responsabilité historique.

    Le gouvernement doit donc poursuivre dans cette direction, avec constance et détermination. Les 105 structures aujourd’hui agréées ne sont pas seulement un chiffre : elles constituent le signe que, malgré le chaos, la démocratie haïtienne cherche encore à reprendre sa place. C’est sur cette capacité à transformer les engagements en résultats que le gouvernement Alix Didier Fils-Aimé sera finalement jugé.

    Georges F. Legrand

    Franc-Parler est un média haïtien indépendant dont la rigueur et la fiabilité constituent la signature éditoriale.