Le lancement du préenregistrement des électeurs à Jérémie n’est pas un simple acte administratif. Il constitue un signal politique fort. Dans un pays où chaque initiative liée aux élections est scrutée, contestée ou accueillie avec scepticisme, cette étape témoigne d’une volonté de poursuivre le processus électoral malgré les obstacles.

Depuis plusieurs mois, nombreux sont ceux qui prédisaient l’échec de toute tentative d’organiser des élections en Haïti. L’insécurité persistante, les difficultés logistiques, les divergences politiques et les critiques adressées aux institutions semblaient condamner toute avancée. Pourtant, le processus continue de progresser, étape après étape. Après les préparatifs institutionnels, la publication des listes de partis politiques et les travaux techniques du Conseil électoral, le préenregistrement des électeurs ouvre désormais une nouvelle phase concrète. Le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé affiche ainsi sa détermination à conduire le pays vers le renouvellement de ses institutions républicaines. Quelles que soient les réserves que l’on puisse nourrir sur certains choix politiques ou sur le rythme des opérations, il serait difficile de nier que des actions sont entreprises pour rendre les élections possibles. Gouverner, c’est aussi agir dans des circonstances imparfaites, sans attendre que toutes les conditions idéales soient réunies.

Certes, le chemin reste semé d’embûches. Les défis sécuritaires demeurent considérables, tout comme les interrogations sur la participation des citoyens, l’accès de certaines régions aux opérations électorales et la capacité des autorités à garantir un scrutin crédible sur l’ensemble du territoire. Ces préoccupations sont légitimes et ne sauraient être minimisées. Mais elles ne doivent pas conduire à rejeter systématiquement chaque avancée du processus. Une démocratie ne se reconstruit pas en un jour, ni dans un contexte exempt de difficultés. Elle se consolide par des actes successifs, des mécanismes institutionnels et une volonté constante de faire prévaloir les règles républicaines sur l’immobilisme.

Le préenregistrement lancé à Jérémie est donc plus qu’une formalité technique. Il traduit la volonté des autorités de maintenir le cap et d’avancer contre vents et marées. Désormais, l’enjeu est de transformer cette dynamique en résultats concrets : étendre l’opération à tout le territoire, renforcer la confiance des citoyens, garantir l’inclusion de tous les électeurs et, surtout, respecter le calendrier qui conduira le pays aux urnes. L’histoire retiendra moins les intentions que les résultats. Si les prochaines étapes sont menées avec rigueur, transparence et responsabilité, ce processus pourrait enfin permettre à Haïti de renouer avec la normalité institutionnelle tant attendue. C’est à cette condition que le pays pourra se doter d’institutions pleinement légitimes et ouvrir une nouvelle page de sa vie démocratique.

Georges F. Legrand

Franc-Parler est un média haïtien indépendant dont la rigueur et la fiabilité constituent la signature éditoriale.