Le gouvernement haïtien entend faire de la sécurité et de l’organisation des élections les deux principales priorités de son action budgétaire pour l’exercice 2026-2027. Présenté mercredi 7 octobre 2026 à la Villa d’Accueil, le projet de budget s’élève à 401,2 milliards de gourdes, dans un contexte marqué par la persistance de l’insécurité et les difficultés de l’économie nationale.
Le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Collin, a présenté les grandes lignes de ce cadre budgétaire, qui accorde une place importante aux dépenses consacrées à la sécurité et au processus électoral.
Une enveloppe de 73 milliards de gourdes est prévue pour les ministères de la Justice et de la Défense. Ce montant représente environ 18 % de l’ensemble du budget. Les autorités prévoient notamment de financer le fonctionnement de la Police nationale d’Haïti (PNH) et des Forces armées d’Haïti (FAd’H), ainsi que le recrutement et la formation de 4 000 nouveaux policiers.
Le gouvernement entend ainsi renforcer les capacités opérationnelles des institutions chargées de la sécurité, alors que le pays reste confronté à une situation sécuritaire particulièrement préoccupante.
Le processus électoral constitue l’autre grande priorité affichée par l’exécutif. Le budget prévoit 8,6 milliards de gourdes pour les dépenses exceptionnelles liées aux activités électorales et au soutien aux partis politiques. Cette enveloppe est supérieure aux 5,9 milliards de gourdes inscrits dans le budget rectificatif de l’exercice précédent.
Ces choix budgétaires interviennent alors que le Conseil électoral provisoire (CEP) poursuit les préparatifs en vue des élections annoncées pour décembre 2026. Pour l’exécutif, la mobilisation des ressources nécessaires au processus électoral apparaît ainsi comme une condition essentielle à la poursuite du calendrier établi.
Mais derrière ces priorités sécuritaires et électorales se pose une question plus large : celle de la capacité de l’État à financer ses ambitions dans une économie toujours en récession.
Le directeur général du Budget, Jean-Michel Silin, a reconnu la persistance des difficultés économiques. « Ekonomi peyi a, pa sispann pran gwo baf. Nou pral konnen yon to kwasans negatif yon lòt fwa ankò », a-t-il déclaré lors de la présentation du budget.
Après plusieurs années de contraction de l’activité économique, les autorités tablent néanmoins sur une croissance de 0,5 % au cours de l’exercice 2026-2027. L’inflation devrait, pour sa part, se maintenir autour de 15 %.
Le gouvernement prévoit 262,9 milliards de gourdes de recettes courantes. Les recettes attendues de la Direction générale des impôts (DGI) sont estimées à 95 milliards de gourdes, tandis que l’Administration générale des douanes (AGD) devrait générer 129 milliards, hors produits pétroliers.
À ces ressources s’ajoutent 91,75 milliards de gourdes provenant de dons et d’emprunts.
L’équilibre financier du budget dépendra donc largement de la capacité des administrations fiscales et douanières à atteindre leurs objectifs de mobilisation des recettes, dans un environnement où l’activité économique demeure fortement perturbée.
Le gouvernement prévoit par ailleurs 232,624 milliards de gourdes de dépenses courantes et 168,576 milliards de gourdes de dépenses de capital. Ces dernières doivent notamment financer des investissements dans les infrastructures et soutenir la production.
Le véritable défi ne réside toutefois pas uniquement dans les montants annoncés. L’exécution du budget sera déterminante. Pour l’exécutif, il s’agira de démontrer que les ressources consacrées à la sécurité peuvent produire des résultats sur le terrain et que les crédits destinés aux élections permettront effectivement de soutenir un processus crédible et fonctionnel.
Adopté en Conseil des ministres le 30 septembre 2026, le budget 2026-2027 place ainsi la sécurité et les élections au cœur des priorités de l’État, tout en misant sur une reprise économique qui demeure fragile.
