À l’approche du 71ᵉ anniversaire du konpa direct, les activités d’hommage et les témoignages élogieux se multiplient en l’honneur de celles et ceux qui ont contribué à faire du konpa un genre musical majeur et une référence à travers le monde. Parmi ces artisans figurent au moins cinq batteurs qui se sont distingués par leur génie créatif, leur sens artistique et leur audace. Par leurs innovations, ils ont fait évoluer le konpa et influencé toutes les générations de musiciens qui leur ont succédé.
Smith Jean-Baptiste, Almando Keslin, Touco Bouzi, Tico Pasquet et Herman Nau comptent parmi les plus grands batteurs de l’histoire du konpa. Selon plusieurs représentants de la nouvelle génération, dont les batteurs Shedly Abraham et Christopher E. Joseph, ils méritent pleinement leur place au panthéon des grandes figures de la musique haïtienne.
Grâce à leur virtuosité, ces percussionnistes ont enrichi le genre en développant des styles de jeu distincts. Chacun a apporté une touche personnelle qui a contribué à la diversité sonore du konpa. Quelles étaient leurs principales qualités? Quelle empreinte ont-ils laissée dans l’évolution de ce rythme? Qu’est-ce qui les distinguait des autres batteurs de leur époque?
Parmi eux, Smith Jean-Baptiste demeure l’une des figures les plus marquantes. À la fin des années 1960, le batteur de Shleu-Shleu, surnommé « Smitty Boy », a mis au point la technique du « kale cymbale », une manière de jouer qui s’est progressivement imposée comme une référence et qui est encore largement utilisée par les batteurs de konpa aujourd’hui.
À la suite de cette innovation, plusieurs percussionnistes ont développé leur propre façon d’interpréter cette technique. C’est notamment le cas d’Almando Keslin, qui a évolué au sein de formations telles que Bossa Combo et Les Frères Dejean. Selon le batteur Shedly Abraham, Almando Keslin ne se distinguait pas uniquement par sa maîtrise des cymbales. Ses roulements, son sens du rythme ainsi que ses solos de batterie faisaient également de lui l’un des percussionnistes les plus marquants de l’histoire du konpa initié par Nemours Jean-Baptiste.
Touco Bouzi, de son côté, possédait un style bien différent de celui de ses contemporains. Toujours selon Shedly Abraham, il est l’un des batteurs qui a le plus intégré les influences de la musique latine à son jeu, ce qui lui conférait une signature rythmique immédiatement reconnaissable.
Tico Pasquet s’est, quant à lui, forgé une solide réputation grâce à son énergie, sa précision et sa puissance derrière la batterie. Son jeu se distinguait également par l’intégration d’influences modernes, notamment le funk et le rock, qui apportaient une couleur particulière à ses interprétations.
Enfin, Herman Nau a largement contribué à l’identité sonore et au rayonnement international de Tabou Combo. Formé aux États-Unis, il a développé un style fortement inspiré du funk, qui a profondément marqué l’évolution du jeu de batterie dans le konpa.
L’influence de ces cinq percussionnistes traverse les générations. De nombreux mélomanes estiment que la plupart des batteurs de la nouvelle génération portent, à des degrés divers, l’héritage de ces légendes. Shedly Abraham reconnaît lui-même que son propre style est le fruit d’un mélange des qualités et des influences de chacun de ces grands noms du konpa direct. Christopher E. Joseph partage également cette admiration et considère ces cinq batteurs comme des références incontournables dont l’héritage continue d’inspirer les musiciens d’aujourd’hui.
