Par Louise Carmel BIJOUX
Le 31 octobre, Montréal a accueilli le lancement officiel d’une Table de Concertation dédiée à la culture, à l’histoire et à la mémoire d’Haïti.
« Le consulat a jugé important d’établir un pont formel pour renforcer les liens au sein de la communauté haïtienne », peut-on lire dans le document de l’assemblée fondatrice de cette structure, portée avec conviction par le Consul Général Anès Lubin.
Ronald Osias, de l’APCA, la matière grise derrière cette initiative et directeur administratif de la structure, confie que l’objectif est de contribuer, d’accompagner, de collaborer, mais surtout d’offrir un espace de dialogue entre différents acteurs.
Justement, en parlant d’acteurs, l’organigramme de la table se divise en trois volets : le conseil d’administration, la direction générale et les membres de la commission technique, tous issus d’organismes œuvrant à Montréal. Citons par exemple Marie Béatrice E. Daléus de la Fondation Selide, qui occupe le poste de présidente-conseillère.
« Quand Ronald, dit-elle, a mis sur pied cette initiative sous le patronage du consulat général de la République d’Haïti à Montréal, il avait une mission claire : nous devons œuvrer à faire converger les forces culturelles, rassembler les organisations anciennes comme nouvelles, et offrir à tous ceux qui travaillent au rayonnement de la culture et de la mémoire haïtienne à Montréal un espace de dialogue où pourra émerger une véritable unité, un point focal. »
Pour elle, qui a grandi à Montréal, un tel espace s’inscrit dans la continuité de ce qu’elle a connu plus jeune, à travers des cercles littéraires et des organismes qui lui ont permis de rester connectée, même à distance, à la culture et à l’identité de son pays d’origine. Elle souligne à quel point ce type de structure est particulièrement utile aux jeunes. C’est donc avec enthousiasme qu’elle a accepté la proposition de devenir présidente de la table.
Elle présente la table comme un espace dédié :
à la préservation de la mémoire ;
à l’élaboration d’un calendrier commun qui rassemble les différents acteurs culturels ;
au renforcement des liens entre la diaspora et le pays ;
à la collaboration avec les institutions canadiennes ainsi qu’avec le consulat.
En somme, elle considère cette mission comme un véritable honneur.
En effet, cette communauté, qui à l’origine ne comptait que des compatriotes — principalement des intellectuels fuyant la dictature de Duvalier — s’est démultipliée au fil du temps pour plusieurs raisons. Et pas seulement par des arrivées directes d’Haïti : le Québec est aussi devenu attractif pour des ressortissants haïtiens ayant d’abord immigré en Amérique latine ou aux États-Unis. Cette table ronde se veut donc un pont essentiel pour connecter une diaspora aussi diverse dans sa composition sociale, fait remarquer le Consul Anès Lubin.
La spécialiste en savoirs traditionnels, Louise Carmel Bijoux, responsable de la section Histoire, mémoire et patrimoine au sein de la jeune structure, a évoqué l’expression haïtienne “bo tab” pour illustrer la vocation de cette initiative : rassembler la diaspora autour d’un espace commun de réflexion et de transmission.
Une déclaration qui fait écho à une belle image partagée par Madame Daléus : « Cette table, c’est un pont : un pont entre les générations, entre les organismes, entre les différentes communautés diasporiques et le pays. Un pont entre tradition et modernité. On œuvre ensemble pour bâtir cela. »
C’est par le prisme des fêtes chères à notre pays que les clusters d’activités ont été conçus : le 18 mai, le 18 novembre, le 1er janvier… Des dates profondément haïtiennes, mais aussi le 8 mars, une journée mondiale qui résonne de façon particulière en Haïti.
« Mission consulaire et culture, projets d’éducation pour la jeunesse autour de la culture et de l’histoire d’Haïti. La reconnaissance et la valorisation de tous les aspects de notre culture, sans oublier nos traditions ancestrales », souligne le Consul Anès Lubin. Il voit dans cette nouvelle mission la continuité de ses engagements, et l’expression d’une présence plus forte du consulat au sein de la diaspora montréalaise.
Toutefois, la table refuse toute logique d’entre-soi, puisqu’elle ambitionne, parmi ses objectifs stratégiques, de collaborer avec des institutions québécoises, notamment dans l’élaboration d’événements. La présidente Daléus confie à ce sujet que l’on s’efforcera de faire en sorte que d’autres pays découvrent et apprennent davantage sur notre pays.
En matière d’attentes, le directeur administratif souhaite que cette initiative se réplique ailleurs, dans d’autres communautés haïtiennes à travers le monde. « Parce que dialoguer autour d’une table, agir ensemble, c’est l’illustration du proverbe ‘Men anpil, chay pa lou’ ; l’union est notre seule force. » Valoriser et préserver ce que nous avons de riche, que ce soit dans la culture, l’histoire, la mémoire ou le patrimoine, ce qui constitue la mission principale, c’est aussi parvenir à accepter notre identité, conclut-il.
La soirée n’était pas que discours. Ce fut aussi l’occasion pour des artistes de se produire devant un public visiblement heureux de se retrouver entre Haïtiens dans un cadre aussi chaleureux.
