En Haïti, il existe des mots qui portent des jugements avant même qu’on comprenne leur réalité. Le mot ghetto en fait partie. Trop souvent, dès que quelqu’un dit qu’il vient d’un ghetto, certains imaginent immédiatement la violence, la délinquance ou l’échec. Comme si naître ou grandir dans ces quartiers définissait automatiquement la valeur d’une personne.
Pourtant, la réalité est bien plus complexe.
Le ghetto n’est pas seulement un espace de pauvreté ou de difficultés. C’est aussi un espace de vie, de solidarité et de débrouillardise. Dans les ghettos haïtiens, on trouve des jeunes qui vont à l’école chaque matin avec des rêves plein la tête. On trouve des hommes et des femmes qui travaillent dur pour nourrir leur famille. On trouve aussi des gens qui forment, qui conseillent, qui encadrent les plus jeunes afin de leur montrer un autre chemin.
Le ghetto, c’est aussi un lieu où la vie ne s’arrête presque jamais. À n’importe quelle heure, on peut y trouver ce dont on a besoin : un marchand, un mécanicien, un repas chaud, une conversation, ou même un conseil. Cette dynamique crée une forme de solidarité que beaucoup d’autres quartiers ne connaissent pas.
Des figures comme Tacoma, originaire de la zone de La Fossette au Cap-Haïtien, le rappellent avec fierté. Il ne renie pas ses origines. Au contraire, il affirme que le ghetto lui a appris la vie. Il lui a appris la résilience, la solidarité et surtout l’amour des autres.
Le véritable problème n’est donc pas le ghetto. Le problème, c’est le regard que la société pose sur ceux qui en viennent.
Car dans chaque ghetto, il y a des talents, des intelligences, des leaders et des rêveurs. Et peut-être que le jour où Haïti cessera de juger ses ghettos uniquement par leurs difficultés, elle découvrira aussi toute la richesse humaine qui y grandit chaque jour.
