Depuis les années 1950, période qui coïncide avec l’émergence du compas, l’histoire de la musique haïtienne montre que, pour un jeune artiste — en particulier un chanteur —, réussir impliquait soit d’intégrer un groupe musical, soit d’entamer formellement une carrière solo.
Soixante-dix ans plus tard, cette perception est en train d’évoluer grâce aux nouvelles technologies, qui facilitent l’accès aux sommets de la célébrité pour de nombreux jeunes artistes talentueux qui, pour une raison ou une autre, n’évoluent au sein d’aucune formation musicale.
Ces derniers choisissent d’utiliser les réseaux sociaux pour se mettre en lumière à travers des reprises de chansons. Ce phénomène existe depuis longtemps, mais ces dernières années, il a pris une ampleur considérable dans le secteur musical. Ces artistes réalisent des « covers » de morceaux à succès, ce qui leur offre une grande visibilité en ligne.
Les exemples pour illustrer cette dynamique ne manquent pas. Mathania Tidey fait partie de ces jeunes qui proposent ce type de contenu : elle a bâti sa réputation, notamment sur Facebook, où elle bénéficie d’une large communauté. Jimmy Boy et Berto Nocent, deux jeunes originaires de la commune de Petit-Goâve, sont également adeptes de cette méthode. Ils ont longtemps évolué au sein de petits groupes locaux avant de gagner l’adhésion du public grâce aux titres qu’ils reprennent sur les réseaux sociaux. Il y a aussi celui qui se fait appeler Roosevelt Haïti. Sa capacité à interpréter avec beaucoup de maîtrise des morceaux emblématiques de la discographie haïtienne fait de lui un véritable phénomène, lui permettant de rassembler environ 95 000 abonnés sur TikTok.
Avec seulement un micro et des versions instrumentales — parfois légèrement modifiées sur le plan rythmique —, ces jeunes semblent avoir trouvé une alternative plus simple et plus accessible pour exposer, voire rentabiliser leur talent, sans avoir à intégrer un groupe musical.
S’agit-il réellement d’une nouvelle tendance en plein essor dans le secteur musical, ou d’une stratégie visant à attirer l’attention des groupes (bands) sur la qualité de leur talent ? Quoi qu’il en soit, cette pratique, qui reflète la capacité des jeunes artistes à s’adapter à la raréfaction des opportunités dans la HMI, contribue à réduire l’écart entre les artistes reconnus et ceux qui évoluent dans l’underground, notamment en matière de popularité et de visibilité.
