Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a officiellement installé, ce mardi 3 mars 2026, son nouveau cabinet lors d’une cérémonie tenue à la Villa d’Accueil. Par cette démarche, le chef du gouvernement entend avant tout ouvrir une nouvelle séquence politique placée sous le signe de l’efficacité, dans un pays profondément éprouvé par l’insécurité et l’effondrement progressif de ses institutions.
En présence des membres du gouvernement sortant, de hauts dignitaires de l’État et du corps diplomatique accrédité en Haïti, le Premier ministre a d’abord salué le travail accompli dans un contexte national particulièrement tendu. Toutefois, au-delà de cette reconnaissance institutionnelle, son discours a clairement laissé transparaître une volonté de rupture avec l’immobilisme. En inscrivant la formation de ce cabinet dans le cadre du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, il a affirmé que le temps de l’attentisme est révolu et que l’action doit désormais primer.
Ainsi, trois priorités, à l’image des orientations fixées par le CPT, structurent son mandat : le rétablissement de la sécurité, la relance de l’économie et l’organisation d’élections crédibles. Or, ces objectifs sont étroitement liés. D’une part, sans sécurité, aucune activité économique ne peut prospérer durablement. D’autre part, sans reprise économique, la cohésion sociale demeure fragile. Enfin, sans élections, aucune autorité politique ne peut prétendre à une légitimité incontestable. Après près d’une décennie sans élections, la question électorale ne relève donc plus d’un simple calendrier administratif ; elle s’impose comme un impératif démocratique et constitutionnel.
Par ailleurs, l’absence actuelle d’opposition institutionnelle formelle offre au chef du gouvernement une marge de manœuvre significative. Cependant, cette situation renforce également son obligation de résultats. L’opinion publique, fatiguée des promesses répétées et des transitions prolongées, attend désormais des mesures concrètes, notamment sur le terrain sécuritaire et dans la mise en place d’un calendrier électoral précis, clair et réaliste.
En définitive, l’installation de ce cabinet ne saurait se limiter à un simple remaniement administratif. Au contraire, elle doit marquer le début d’une dynamique capable de produire des décisions rapides, visibles et mesurables. Car, dans le contexte actuel, la crédibilité du gouvernement se jouera moins dans les déclarations que dans sa capacité réelle à rétablir l’ordre, à restaurer la confiance économique et à conduire le pays vers des élections libres et transparentes. C’est, en somme, à cette condition que pourra s’amorcer un véritable retour à la stabilité institutionnelle.
Junior PIERRE
