Avec la formation d’un gouvernement remanié, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé engage bien plus qu’un simple ajustement politique. Il ouvre une séquence décisive : celle du retour à l’autorité de l’État, à la sécurité publique et à l’ordre constitutionnel. Dans un pays fatigué par l’incertitude et les transitions prolongées, cette orientation n’est pas un slogan. C’est une nécessité historique. Le chef du gouvernement semble avoir pris la pleine mesure de l’urgence nationale. La priorité est claire : rétablir la sécurité. Sans sécurité, il n’y a ni économie viable, ni services publics fonctionnels, ni confiance citoyenne. Restaurer l’autorité de l’État, renforcer les capacités des forces de l’ordre, coordonner les efforts institutionnels : voilà le socle indispensable à toute reconstruction durable.

Mais l’ambition ne s’arrête pas là. Le Premier ministre affiche également sa volonté d’organiser les élections et d’en finir avec la transition. Les démarches entreprises par le Conseil électoral provisoire (Cep) sont éloquentes en ce sens. Là encore, le cap est stratégique. Une transition qui s’éternise fragilise les institutions, entretient la méfiance et nourrit les spéculations. Le retour à la légitimité issue des urnes est le seul moyen de stabiliser durablement le système politique. Il faut reconnaître que la tâche est immense. Conduire un gouvernement issu d’une cohabitation politique exige habileté, dialogue et fermeté. Pourtant, c’est précisément dans ce contexte complexe que le leadership se révèle. En privilégiant l’action à la polémique et les résultats aux déclarations, le locataire de la Primature envoie un signal rassurant : celui d’une gouvernance orientée vers l’efficacité.

Le pays n’a pas besoin d’une transition prolongée ; il a besoin d’une sortie maîtrisée de la crise multidimensionnelle. Il n’a pas besoin d’un gouvernement spectateur ; il a besoin d’un exécutif déterminé à agir. Le nouveau départ annoncé doit donc se traduire par des avancées concrètes : amélioration graduelle de la sécurité, calendrier électoral crédible, transparence dans la gestion publique et mobilisation des partenaires nationaux et internationaux autour d’objectifs clairs.

Le devoir de résultats n’est pas une pression extérieure. C’est une exigence morale envers la nation haïtienne à bout de souffle. En assumant la priorité sécuritaire et l’organisation des élections, Alix Didier Fils-Aimé pose les bases d’une sortie responsable du chaos sans nom dans lequel Haïti patauge depuis plusieurs décennies. L’histoire jugera cette période à l’aune de sa capacité à transformer l’instabilité en renouveau. Le moment est venu d’agir, de rassembler et de conclure la transition par le retour à la légitimité démocratique.

Georges F. Legrand

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