La croissance économique d’Haïti s’enfonce dans une crise prolongée, marquée par une contraction du produit intérieur brut estimée à –2,0 % en 2025. Les données du compte économique national indiquent une baisse continue sur sept années consécutives depuis 2019, avec une perte cumulée de plus de 12 % du PIB réel, une situation sans précédent dans l’histoire récente du pays.

Depuis 2019, le PIB d’Haïti diminue de manière constante. Après une baisse de –1,7 %, l’économie s’est contractée de –3,3 % en 2020, puis de –4,2 % en 2024, traduisant l’incapacité du pays à retrouver le chemin de la croissance. Cette chute prolongée reflète l’accumulation de crises politiques, sécuritaires et institutionnelles qui ont paralysé les activités productives et découragé les investissements.

Les estimations publiées par l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) montrent que la richesse nationale, évaluée à environ 14,3 milliards de dollars américains en 2018, est tombée à près de 13 milliards en 2025. Le ralentissement touche le commerce, l’agriculture, la construction et les services.

La détérioration du climat sécuritaire explique en grande partie cette situation. L’insécurité persistante entraîne une baisse significative de la production nationale, tandis que plusieurs entreprises cessent leurs activités. Les estimations économiques indiquent que le secteur du commerce a perdu plus de 10 % de sa valeur ajoutée au cours des deux dernières années.

Les finances publiques subissent également les effets de cette contraction. Les recettes fiscales, qui représentaient environ 13 % du PIB en 2018, tombent sous la barre de 10 % en 2025, limitant la capacité de l’État à financer les services publics et les programmes sociaux essentiels.

La Banque mondiale relève qu’Haïti traverse l’une des plus longues périodes de récession de la région Amérique latine et Caraïbes. L’institution note une croissance moyenne négative de –2 % par an depuis 2019, alors que plusieurs économies voisines renouent avec une croissance positive après la pandémie.

Le secteur privé, traditionnel moteur de la croissance, est particulièrement affecté. Le taux d’investissement global, qui représentait environ 28 % du PIB en 2017, tombe à moins de 20 % en 2025, traduisant une forte baisse de la confiance des investisseurs.

L’investissement public, déjà limité, ne compense pas cette faiblesse. Les dépenses d’investissement représentent aujourd’hui moins de 3 % du PIB, contre plus de 6 % il y a une décennie, réduisant leur impact potentiel sur la relance économique.

Cette succession de contractions pose un défi majeur pour l’avenir. Une baisse continue du PIB sur une période aussi longue compromet les capacités de développement du pays et fragilise ses institutions économiques, tout en réduisant les opportunités d’emploi.

Certains économistes estiment qu’une reprise reste possible. Toutefois, sans amélioration du climat sécuritaire et sans réformes structurelles, l’économie haïtienne risque de rester en dessous de son niveau de 2018 pendant encore plusieurs années.

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