Dans un contexte national marqué par de profondes incertitudes, les avancées enregistrées ces dernières semaines autour du processus électoral méritent d’être soulignées. La publication du décret électoral par le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé constitue, à bien des égards, un pas décisif vers la concrétisation des élections tant attendues par la population haïtienne. Depuis plusieurs années, l’absence d’échéances électorales crédibles nourrit la fragilité institutionnelle du pays. En mettant à la disposition des acteurs concernés un cadre juridique destiné à encadrer le scrutin, l’Exécutif envoie un message clair : celui de sa détermination à faire avancer le processus démocratique malgré les nombreux obstacles qui persistent. La publication de ce décret ne résout pas à elle seule tous les défis, mais elle représente une étape incontournable sur le chemin du retour à la normalité constitutionnelle.

Cette volonté se manifeste également à travers la reprise du dialogue entre le gouvernement et le Conseil électoral provisoire. Les échanges récemment engagés entre les deux institutions témoignent d’une approche fondée sur la concertation plutôt que sur la confrontation. Dans un pays où les crises institutionnelles ont souvent été aggravées par le manque de communication entre les acteurs publics, le choix du dialogue apparaît comme un signe encourageant de maturité politique. En renouant les discussions avec le CEP, le chef du gouvernement démontre sa volonté de créer un climat institutionnel stable et propice à l’organisation des élections. La réussite d’un scrutin ne dépend pas uniquement de textes juridiques ; elle exige également une coordination permanente entre les institutions appelées à le préparer et à le superviser. Sur ce point, les signaux envoyés par la Primature sont de nature à rassurer ceux qui souhaitent voir le pays renouer avec un ordre démocratique pleinement fonctionnel.

Parallèlement, la question sécuritaire demeure au cœur de toutes les préoccupations. Il serait illusoire d’envisager des élections crédibles sans amélioration significative des conditions de sécurité. C’est pourquoi le déploiement de la Force de répression des gangs et de la Task-Force gouvernementale sur plusieurs fronts doit être analysé comme un élément essentiel de la stratégie globale de retour à la stabilité.

Les résultats de ces initiatives devront naturellement être évalués sur la durée. Toutefois, leur présence active sur le terrain constitue déjà un signal clair de la volonté des autorités de reprendre le contrôle des espaces dominés par les groupes armés et de créer les conditions minimales nécessaires à l’exercice des droits civiques. La sécurité et les élections sont indissociables ; agir sur l’une, c’est préparer l’autre. Indubitablement.

Certes, les défis restent immenses et les attentes de la population demeurent élevées. Mais dans une période où le pessimisme tend souvent à l’emporter, il convient de reconnaître les efforts qui contribuent à remettre le pays sur la voie de la normalisation institutionnelle. Entre la publication du décret électoral, la reprise du dialogue avec le CEP et le renforcement des actions sécuritaires, le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé semble vouloir poser les fondations indispensables à la tenue des élections et au rétablissement progressif de la confiance dans les institutions de la République. L’histoire jugera les résultats. Mais, pour l’heure, les actes posés vont dans la direction attendue par une grande partie de la population : celle du retour à la sécurité, à la stabilité et à la démocratie.

Georges F. Legrand

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